USURE, FATIGUE, MAUVAISE HUMEUR, BAISSE DE LIBIDO…
LA QUARANTAINE, UN CAP DIFFICILE À FRANCHIR POUR LES COUPLES
COMMENT RETROUVER L’ÉQUILIBRE ET L’HARMONIE AUTOUR D’UNE SEXUALITÉ ÉPANOUIE ?
Il est en effet rare que les couples, en leur maturité, n’aient pas connu quelque frustration, agacement et conflits larvés (ou plus violents).
L’organisation et/ou l’éducation des enfants, la répartition des travaux ménagers, la charge mentale professionnelle... voire la précarité financière etc. sans oublier l’usure normale de la passion du départ, sont en effet des grains de sable qui enrayent le processus amoureux, voire le banc de sable sur lequel le couple échoue.
Dans un tel contexte, peu de couples abordent le débat de manière constructive, respectueuse et non-violente car nombre d’entre eux optent pour le “statu quo”, par manque d’envie, d’imagination… ou du fait d’une colère inexprimée et parfois inconsciente.
Un statu quo souvent “moyennement“ satisfaisant, au cours duquel alternent des accalmies, des crises et de longues périodes où l’on se “fait la gueule”.
Et l’amour dans tout ça ?
Eh bien, dans tout ça, il est triste – mais courant – que l’amour devienne un sujet “secondaire“ et que le couple place sa modeste ambition dans le seul maintien d’un cadre familial ainsi “dégradé“… qui ne satisfait pourtant souvent ni les parents ni les enfants.
Et s’il perdure alors une relative confiance et amitié partagées, avec des hauts et des bas, beaucoup n’en demandent pas davantage… même si l’attirance sexuelle faiblit et si toute activité sexuelle progressivement disparaît.
Il n’existe pas de statistique officielle quant à la désertion du champ amoureux chez les quadragénaires, mais les professionnels considèrent en général que, moins de la moitié des couples de cette tranche d’âge conservent une pratique sexuelle régulière.
Certains s’en satisfont. D’autres pas.
Et, au sein du couple, lorsque les besoins de tendresse et/ou sexuel de l’un ne sont pas alignés sur ceux de l’autre, c’est un facteur de plus de frustration et de discorde et bien sûr d’adultère.
Une jeune femme – délaissé, dont le marie trop “absent” avait délaissé le champ “amoureux” depuis des années – me confiait récemment : « J’ai sombré dans un état dépressif caractérisé. J’étais comme asphyxiée… un peu comme un poisson qui aurait sauté hors de son bocal… jusqu’au jour où une amie m’a traînée de force dans un anniversaire. J’y ai rencontré un garçon charmant. Il m’a écoutée, consolée. Nous nous sommes revus… et il est devenu mon amant.
Je ne me suis pas investie dans cette relation qui n’a pas duré, d’ailleurs… Et depuis, j’ai repris goût à la vie. J’ai ainsi compris que je pouvais encore faire briller les yeux des hommes et d’autres hommes ont fait briller les miens ».
MÉCANISME du DÉSIR SEXUEL et ATTEINTE du PLAISIR versus ANAPHRODISIE
L’attirance et le plaisir sexuels sont – chez les hommes comme chez les femmes – le "stratagème" imaginé par les espèces vivantes (ou notre créateur) pour inciter les individus à “croître et se multiplier“.
Comme si, en chaque espèce, il existait des algorithmes invisibles et inconscients qui poussent les individus, de manière parfois quasi irrépressible, à désirer “s’accoupler” (pulsion sexuelle), en tout cas dans les espèces dites “sexuées“ ; c’est-à-dire les espèces dans lesquelles la reproduction (et la fécondation) ne peut se faire que par la rencontre des gamètes (ovocytes et spermatozoïdes) de deux individus de sexe différent.
C’est, en tout cas, évident chez les mammifères pour qui le désir, notamment suscité et entretenu par les phéromones, joue un rôle visible dans les prémices et l’accomplissement de l’accouplement.
Chez l’Homme, la montée du désir, comme l’atteinte du plaisir, jusqu’à l’orgasme, suppose de remplir, a minima, deux des trois conditions ci-dessous :
- Stimuler et satisfaire les besoins du cœur : Connexion émotionnelle, sentiment d’attirance, de plénitude amoureuse, d’admiration, de tendresse et/ou de confiance en la vie, en son/sa partenaire, dans l’instant présent ;
- Stimuler et satisfaire les besoins de l’esprit : Connexion intellectuelle, projection dans la durée, sentiment de sécurité émotionnelle ou matérielle… voire images mentales érotiques, phantasmes situationnels ;
- Stimuler et satisfaire les besoins du corps : Bien-être physique, sentiment de santé et de puissance, besoin irrépressible de contact corps à corps, envie de donner et recevoir des caresses, sensibilité à la stimulation des zones érogènes, connexion chimique (odeurs, phéromones).
Mais dans tous les cas, c’est le cerveau qui filtre ou dose ce cocktail et autorise ou non le désir et/ou le plaisir, en fonction de notre Histoire, de notre culture, de notre morale personnelle, de nos valeurs, de l’humeur du moment, de notre “disponibilité” mentale, de nos besoins physiologiques et émotionnels (conscients ou non), de nos blessures ou de nos traumas, de nos rancunes, de notre désir de punir ou tenir à bonne distance un.e partenaire.
Soigner l’anaphrodisie – pour les personnes qui ne se résolvent pas à renoncer à un épanouissement sexuel qu’elles jugent vital (pour elles-mêmes et/ou pour leur couple) – passe (pour les personnes motivées) par une sensibilisation au mécanisme évoqué plus haut et par une réflexion quant aux moyens de satisfaire le cœur, l’esprit et le corps, pour elles-mêmes… et parfois pour tenter de sauver leur couple.
Dans ce cas, il leur faut également réfléchir à la manière de satisfaire le cœur, l’esprit et le corps chez le partenaire qu’elles aimeraient satisfaire et ou retenir.
Par ailleurs, pour vouloir faire le “cadeau“ à l’autre d’un moment de connivence, de tendresse partagée, de slow sex, voire d’ébats plus épicés et/ou mouvementés, il faut d’abord avoir envie de se faire ce cadeau à soi-même, vouloir s’offrir ce lâcher prise, cet abandon dans l’instant présent.
Mais il faut aussi des “préliminaires“.
Or, si chez les jeunes ménages les préliminaires ne consistent parfois qu’en de rapides baisers et caresses “ciblés”, il n’en va pas de même au sein des vieux couples.
Chez les couples plus “établis“, il faut – en plus de rituels d’approches souvent plus lents – des jours (voire des semaines) de relations apaisées, sans “prises de tête”, sans altercations, sans colère (exprimée ou non).
On peut ainsi dire que, chez les quadragénaires, les préliminaires pourraient nécessiter trois semaines… ce qui amène un grand nombre d’entre eux à se désintéresser d’une entreprise aussi compliquée qu’aléatoire…
Il ne faut en effet pas oublier que l’organe central, en matière de sexualité, c’est le cerveau qui (sauf exceptions qui confirme la règle) censurera et interdira toute tentative de rapprochement s’il existe de véritables rancunes, oppositions ou conflits non résolus au sein du couple.
MAIS QUE SE PASSE-T-IL CHEZ LES COUPLES USÉS, EN COLÈRE OU SEULEMENT DÉMOTIVÉS ?
Conflit larvé, rancune, déprime passagère, perte générale de motivation, de libido, d’envie de partager ou de faire plaisir… et même de s’accorder de l’attention ou du plaisir à soi-même…
Les couples humains se plaignent souvent d’anaphrodisie.
Il peut s’agir d’une anaphrodisie passagère, circonstancielle et/ou ciblée sur la relation avec un partenaire en particulier.
Dans l'anaphrodisie primaire, cette absence de désir existe depuis toujours, mais dans l'anaphrodisie secondaire – qui est celle ici considérée – elle peut apparaître tardivement, après une période normale où le désir existait.
Nota : Une personne se plaignant d'anaphrodisie ne souffre pas forcément de frigidité ou d'anorgasmie. Seul le désir sexuel lui manque.
Chez cette personne, il n'y a pas de désir spontané de l'acte sexuel ni de masturbation.
En revanche, lors des rapports sexuels ou lors de la masturbation, cette personne peut tout de même atteindre le plaisir ou l’orgasme, si elle satisfait à seulement deux _des _trois “piliers” de l’atteinte du plaisir :
- la satisfaction de l’esprit (imaginaire érotique, phantasmes)
- et la satisfaction du corps (stimulation efficace des zones dites érogènes)... même si le cœur n’est pas de la partie.
En revanche, si l’orgasme peut s’obtenir en combinant le corps (stimulation physique des zones érogènes, associée à l’esprit, au moyen d’un fantasme érotique / acte sexuel virtuel ou spéculation de l’esprit), ce type d’orgasme est moins satisfaisant et procure un bien-être, un lâcher prise et un sentiment de plénitude moins durables qu’un orgasme obtenu dans le cadre d’une relation amoureuse "réelle", impliquant le cœur (sentiments amoureux) et le corps dans la pleine conscience de l’instant présent.
À ce propos, une question est souvent posée : « Faut-il vivre ses fantasmes érotiques ou vaut-il mieux les conserver de manière idéalisée sous forme de rêves ? »
Ma réponse est la suivante : Certains fantasmes ont trait à des situations/ou des conduites dangereuses, irrespectueuses de ses partenaires ou illégales et il ne faut bien sûr en aucun cas les réaliser.
D’autres mises en scène – avec des partenaires explicitement consentants et dans le respect de leurs désirs et de leurs valeurs – peuvent en revanche être envisagées.
Et, comme on vient de l’évoquer plus haut, le plaisir atteint dans le cadre d’une relation physique concrète et dans la pleine conscience de l’instant présent apporte un lâcher-prise et un bien-être d’une qualité supérieure à l’orgasme (souvent très bref) atteint dans le cadre d’une spéculation de l’esprit (fantasmes ou sexualité virtuelle).
Or, la gamme de ces fantasmes inoffensifs – et pourtant parfois hautement transgressifs – est encore très riche. Et on peut trouver, entre partenaires inventifs et respectueux, de nombreuses occasions de sortir de sa routine sexuelle ou de sa zone de confort dans l’acte amoureux, dans le respect de ses valeurs et de celles de son (ou de ses) partenaire.s.
Or, sortir de notre zone de confort n’est-ce pas la forme ultime de notre liberté individuelle ? De l’expression de notre créativité ? De notre identité propre ? Cependant, si notre idéal de liberté peut nous conduire à nous affranchir de certaines limites, c’est aussi notre idéal de liberté qui doit nous conduire – dans un État de Droit – à respecter les limites des personnes avec qui nous sommes en interaction. Car le droit à l’exercice de la liberté de chacun à pour limite ultime le droit des autres à défendre leur propre liberté. LIRE L’ARTICLE : ZONE DE CONFORT, TRANSGRESSION ET LIBERTÉ
CONCLUSION
J’invite les personnes frustrées par la désertion de leur couple du champ sexuel et/ou souffrant d’une baisse de libido chez leur partenaire (ou pour elles-mêmes) à réfléchir aux conditions décrites plus haut, pour satisfaire aux trois exigences du cœur, de l’esprit et du corps.
Enfin, l’activité sexuelle est vitale au plan physiologique autant que psychologique. Notre corps et notre esprit ont en effet besoin d’échanges et d’interactions, aux plans sexuel, intellectuel, émotionnel, psychique et physique.
Dans notre mode de reproduction “sexuée”, la fécondation de nos cellules reproductrices ou gamètes (ovocytes et spermatozoïdes) est une condition sine qua non de la procréation.
Et sans complémentarité de nos polarités (genrées ou non), sans altérité, nous serions stériles au sens biologique (et nous ne serions bien sûr pas là pour évoquer ces sujets), mais nous serions également stériles aux plans spirituel, intellectuel, affectif, autant qu’émotionnel.
LIRE L’ARTICLE : LE SEXE, UN BESOIN PHYSIOLOGIQUE
Par Philippe Lamy
Thérapeute systémicien (champ social, travail, couple), sexothérapeute, coach adultes HPi (TCA, emprise toxique, insomnies, troubles anxieux, burn-out, phobies etc.)
Workshops, formation, mentoring, supervision Fondateur de Spring-MediCare,
à Lyon le 27/11/2024